2026 consacre le passage d’une « IA qui assiste » à une « IA qui travaille ». Ce basculement, largement commenté, redéfinit concrètement la place de l’humain dans l’activité professionnelle. Nos auteurs en décryptent les mécanismes dans ce nouveau numéro.
Véronique Mesguich cartographie un paysage en pleine recomposition : derrière le foisonnement des termes (GPTs, Gems, Artefacts…), elle structure quatre niveaux fonctionnels (espaces persistants, assistants, agents, connecteurs) pour mieux distinguer ce qui relève de l'évolution d'interface de ce qui constitue une rupture fonctionnelle véritable.
Ulysse Rajim retrace la mutation fulgurante des derniers mois : du copilote supervisé à l’« employé virtuel ». Il analyse l’essor d’OpenClaw, la course des plateformes (Claude Cowork, Frontier, Copilot Cowork), les trois piliers techniques (raisonnement, outils, mémoire) et les vulnérabilités qui les accompagnent.
Ces deux premières contributions nous inspirent trois constats.
Pendant longtemps, utiliser une intelligence artificielle générative se résumait à ouvrir une fenêtre de chat, poser une question et lire la réponse. Au cours des derniers mois, les grandes plates-formes ont fait évoluer leurs interfaces et proposent désormais des environnements de travail diversifiés : des assistants spécialisés, des connexions à des services tiers et des espaces de travail persistants qui conservent le contexte d’un projet dans la durée.
De plus, au-delà de ces évolutions d’interface, une mutation plus fondamentale est en cours avec l’émergence des agents autonomes, capables de planifier, d’enchaîner des actions, d’utiliser des outils et de mener des tâches complexes de bout en bout, sans qu’un humain ait besoin de valider chaque étape.
Pour les professionnels de l’information, cette stratification représente à la fois une opportunité et un défi. Une opportunité, car ces nouvelles fonctionnalités permettent d’automatiser des tâches répétitives, de personnaliser les assistants selon des contextes métier précis, et de connecter l’IA aux systèmes d’information existants. Un défi, car le vocabulaire employé par chaque plate-forme est hétérogène, parfois trompeur, et rarement expliqué avec la rigueur qu’exige un usage professionnel.
Cet article se propose de clarifier quatre fonctionnalités introduites par OpenAI : le mode agent, les applications, les assistants personnalisés et les projets ; en les mettant en regard, avec les concepts équivalents chez les autres grandes plates-formes : les Gems de Gemini, les Artefacts de Claude, les Espaces de Perplexity… L’objectif n’est pas de dresser un comparatif technique exhaustif, mais de donner des repères conceptuels nécessaires pour choisir les bons outils, et les déployer avec précision.
Durant l’année 2025, le terme d’agent IA envahit la presse. Les outils disponibles restent cependant limités à des capacités d’assistants ou de copilotes. Au premier trimestre 2026, une nouvelle catégorie d’outils fait son apparition : des agents IA autonomes, parfois même comparés à des « employés virtuels ». Cet article examine ce qui a rendu cette évolution possible, les défis qui accompagnent ces outils, et ce que la prochaine génération de plateformes IA laisse entrevoir.
Le 10 avril dernier, la capsule Artemis II ramenait sur Terre quatre astronautes d’un vol autour de la Lune, pendant que SpaceX préparait le prochain essai de sa fusée Starship. Il semblerait que la course à l’espace soit bel et bien relancée… Mais depuis la fin d’année dernière, c’est une autre compétition, moins visible, qui a été lancée au sein de l’écosystème IA : une course à « l’employé virtuel ».
Le terme n’est pas nouveau. Des éditeurs de robotisation des processus (RPA) tels que Blue Prism parlaient déjà de travailleurs digitaux en 2023 (1) pour désigner des « travailleurs virtuels conçus pour imiter les actions humaines, afin de prendre en charge le travail que les employés ne devraient pas avoir à faire ». Plus récemment, Microsoft, Anthropic et OpenAI adoptent un champ lexical proche pour parler d’agents IA capables de raisonner, d’utiliser des logiciels variés et de prendre en charge des tâches longues sans supervision continue.
Christian Vigne est consultant en stratégie IA et fondateur de Narra, un atelier qui utilise la fiction narrative pour aider les organisations à questionner leurs angles morts stratégiques. Fort de 13 ans chez Google EMEA, il accompagne aujourd'hui dirigeants et équipes à l'intersection de l'intelligence artificielle et de l'imaginaire organisationnel.
« Avec l’expansion continue de la puissance de calcul utilisée par l’IA, il revient aux chefs d’entreprise de s’exercer à bousculer leurs modèles mentaux pour créer la surprise. Dans un monde où les seules limites du possible deviennent celles de l’imagination, cette faculté pourrait rapidement devenir la condition première de la réussite. »
S’il fallait paraphraser cette idée, portée par François Candelon (Les Echos), on pourrait dire que puisque tout est possible avec l’intelligence artificielle, le plus difficile sera de définir ce qui est enviable, la question n’étant plus de savoir si un projet est réalisable, mais ce qui mérite d’être réalisé et qui serait suffisamment différenciant par rapport à une concurrence dans le monde de l’entreprise.
Or cette perspective se confronte à trois enjeux : l’angoisse, l’influence et la capacité à solliciter notre imagination.
