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Veille internationale : comment trouver des sources en langue étrangère ?

Netsources no
163
publié en
2023.04
4955
Veille internationale : comment trouver des sources en ... Image 1
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Identifier des sources dans une langue étrangère nécessite de sortir de sa zone de confort. Il faut non seulement se plonger dans un paysage médiatique et culturel différent, mais aussi minimiser son risque d’erreur d’interprétation.

Pour illustrer la méthodologie à suivre, nous prendrons comme exemple la réalisation d’un sourcing pour la mise en place d’une veille sur le marché de la restauration en Malaisie.


Lire aussi : 

Sourcing, de la théorie à l’épreuve de la pratique (Netsources N° 146 - mai/juin)

Sourcing : les outils professionnels suffisent-ils pour s’aventurer en terrain inconnu (Netsources N° 146 - mai/juin)

Sourcing : peut-on faire l’impasse sur les recherches en langue locale ? (Netsources N° 146 - mai/juin)

Fiche Pratique : Les sources-clés pour la veille à l’international


1re étape : découvrir le paysage médiatique d’un autre pays

Comme pour la recherche de mots clés dans une veille multilingue, identifier des sources d’un autre pays passe d’abord par l’exploration de la littérature dans sa propre langue et en anglais. Dès cette étape, on constate d’ailleurs pour notre exemple le caractère incontournable des sources anglophones.

Voici quelques fiches pays proposant un panorama des médias locaux :

  • En français, les fiches pays du classement annuel de Reporters sans frontières (RSF) nous décrivent le paysage médiatique des pays, allant jusqu’à préciser la ligne éditoriale des principaux supports (ici : l’agence de presse Bernama, le groupe audiovisuel Radio Televisyen Malaysia, la presse grand public et les médias en ligne indépendants Malaysiakini, Between The Lines ou Sinar Harian.
  • Le rapport annuel de Reuters Digital News Report est également doté d’une déclinaison par pays. Il précise le modèle économique des médias et propose des classements basés sur leur notoriété.
  • L’ONG Freedom House dresse un état des lieux des libertés générales, mais aussi numériques. Elle nous confirme ici l’importance des médias chinois, en langue malaise (via Radio Chine Internationale et chinoise.
  • À ce stade, la langue française ne nous est déjà plus d’aucun secours pour améliorer notre sourcing local (nous avons visité les sources du Courrier international, les rubriques internationales des médias français, les annuaires, etc., mais les informations fournies étaient déjà bien moindres qu’après la consultation de ces trois fiches pays).

2e étape : identifier des sources locales, une démarche plus ou moins pertinente selon les pays

La première étape, réalisée en langue anglaise et française va ainsi nous permettre d’avoir une meill­eure compréhension du paysage informa­tionnel local et de repérer un certain nombre de sources locales pertinentes.

Mais on se rend vite compte que dans les pays autoritaires (voir la carte sur la censure des médias à travers le monde proposée par RSF à l’adresse rsf.org), les médias locaux ne vont pas représenter la meilleure source d’information pour le veilleur, car la censure y est bien trop présente.

Dans le cas de notre exemple sur la Malaisie, on notera deux exceptions notables.

  • Les médias anglophones locaux nombreux, s’avèrent plus libres et moins touchés par la censure que les médias en malais ou chinois et méritent d’être surveillés.
  • La presse des expatriés notamment français peut également fournir quelques informations intéressantes pour notre secteur. On citera par exemple Gavroche et le réseau du Petit Journal (les éditeurs du Petit Journal ne sont pas journalistes et à ce titre ne sont pas soumis aux mêmes droits et devoirs).

Pour les pays avec pas ou peu de censure, une démarche d’identifi­cation de sources locales est très importante. Pour les autres pays, il faut vérifier au cas par cas, mais notre connaissance du paysage médiatique en Asie du Sud-Est nous montre que les sources locales ne sont bien souvent pas les plus pertinentes. Et on a donc intérêt à élargir son périmètre pour identifier des sources qui parlent du pays qui nous intéresse sans y être basé physiquement.

Évaluer ses sources, au-delà de la traduction

Identifier des sources dans des pays que l’on ne connaît pas nécessite une phase d’évaluation des sources. Dans le cas de notre exemple, naviguer dans le contexte politique et partial de la presse et des sources malaisiennes peut s’avérer déroutant.

Pour évaluer les médias, on prendra soin de répondre à cette grille de questions :

  • Qui sont les propriétaires des médias ?
  • Quelle est la date de publication des articles ?
  • Quelle est la réputation des médias et des journalistes (entrer le nom du média comme mot clé dans un moteur de recherche géolocalisé en Malaisie et au Royaume-Uni)
  • Les articles confrontent-ils plu­sieurs opinions ?
  • L’information est-elle présentée de façon claire ou trompeuse ?

3e étape : Élargir sa zone de couverture

Dans le cas de notre exemple, pour contourner la censure en Malaisie, on privilégie donc les sources en langue anglaise, consultée largement dans le pays et utilisée par les journalistes et le milieu des affaires. Les informations en langue anglaise seront aussi plus aisées à vérifier.

Nota Bene : Les journalistes des médias officiels - quelle que soit leur langue - ont accès à des informations auxquelles n’ont pas accès les journalistes indépendants, en cas de conférence de presse du gouvernement par exemple. La non-couverture de ces sujets par les médias indépendants ne relève donc pas toujours d’un choix éditorial qui pourrait être interprété comme partial, mais plutôt d’une forme de censure.

Les médias internationaux

Quel que soit le type de censure, l’information en provenance des médias internationaux prend une importance d’autant plus grande qu’elle est susceptible de délivrer des informations trop risquées à publier ou à diffuser dans le pays, qui plus est par un ressortissant local.

  • La Malaisie étant une ancienne colonie britannique, on suivra avec intérêt la presse britannique et anglophone, dont les titres couvrent, du fait de leur proximité historique, régulièrement l’actualité du pays, comme The Guardian ou l’agence de presse Reuters.
  • On n’oubliera pas la presse économique, avec les revues mainstream comme The Economist.
  • Une autre source d’influence culturelle - la population malaisienne est majoritairement musulmane et l’Islam est la religion d’État - est celle des pays arabes. À ce titre Al Jazeera, chaîne qatarie d’information internationale, offre une couverture régulière de l’actualité malaisienne en anglais de qualité.
  • Plus proche encore, on n’oubliera pas le pays limitrophe, Singapour, dont la presse économique et politique (The Edge Singapore, The Straits Times, Today), si elle n’est pas libre, couvre néanmoins l’actualité du voisin malaisien de façon qualitative.
  • On pourra également surveiller la presse nationale française qui est susceptible de parler ponctuellement de la Malaisie.
  • À moins de maîtriser la rhétorique chinoise, on s’épargnera tout type de propagande à ce stade, qui demanderait une quantité pro­digieuse de travail de vérification.

Autres sources internationales

En français, on peut se rendre en priorité sur les sites des ambassades, des CCI à l'étranger et des ministères français, sans oublier le service commercial représenté par Business France, où l’on retrouvera, grâce à une recherche par pays, une multitude de fiches d’analyses sectorielles. On trouvera aussi les noms des registres du commerce locaux pour y télécharger les comptes d’entreprises.

À noter, le site de la BNP Paribas dédié au commerce international, qui fournit des fiches-pays très structurantes et ne manquent pas de citer d’autres sources locales essentielles.

En anglais, on trouvera davantage d’informations en libre accès qu’en français grâce aux rapports des institutions mondiales et régionales (la Banque mondiale avec le Doing Business, la « Bible » des économistes internationaux, dont la publication a stoppé en 2020, mais dont on surveille l’alternative en cours, « B-Ready » ; la Banque asiatique de développement (ADB), l’Organisation internationale du travail (OIT), les agences onusiennes, etc.). Une version française est parfois publiée, sinon on utilisera facilement les outils de traduction en ligne.

Les médias et correspondants régionaux

L’Asie du Sud-Est est largement couverte en langue anglaise (une exception française : Asialyst. La plupart des médias proposent des rubriques par pays, dont la Malaisie. Outre les médias « historiques » comme South East Asia Globe ou The Diplomat, aller plus loin permet d’identifier de nouveaux médias comme New Narratif.

Les journalistes locaux et les correspondants régionaux publient également de plus en plus de newsletters de qualité, comme Dari Mulut Ke Mulut.

Un Ovni en la matière nous vient aussi d’Australie. Il s’agit de New Mandala, dont les analyses sont écrites ou traduites en anglais par des universitaires.

À savoir, les correspondants de presse occi­dentaux vivent dans la région, mais ne sont pas forcément présents dans chaque pays. Beaucoup sont installés à Bangkok, en Thaïlande.

Blogueurs et influenceurs nationaux basés à l’étranger

Avec la censure, certaines personnalités médiatiques et politiques doivent s’exprimer depuis d’autres pays. C’est le cas par exemple du Sarawak Report, à Londres, connu pour ses enquêtes sur la corruption en Malaisie. Des économistes et des avocats publient également leurs newsletters, utiles pour mieux appréhender le droit du travail et les risques locaux.

Les médias professionnels

Il existe enfin de nombreuses newsletters sectorielles et thématiques concernant les pays d’Asie du Sud-Est (Eco-business.com, Business & Human Rights, ASEAN Briefing, etc.). On prendra soin de demander les titres de presse professionnelle utilisés par son client. Les annuaires étant rarement mis à jour, on privilégiera une recherche sur ChatGPT avec le prompt quels sont les médias professionnels sur la restauration en Malaisie ?, complété par et sur l’alimentation halal ? pour obtenir les principaux titres avec un descriptif, puis on ira sur Google, Kagi Search ou Presearch pour identifier les titres de la presse, mais aussi les blogueurs et les influenceurs. Pour ces derniers, la requête doit être faite en anglais, comme “media about cooking in Malaysia”, qui nous donne des résultats bien meilleurs qu’en français.

On prendra donc soin de croiser les recherches :

  • Avec le nom de pays dans la presse professionnelle internationale sur la restauration,
  • Avec les mots clés professionnels dans les revues malaisiennes et asiatiques.

Où arrêter son sourcing multilingue ?

Quand on réalise un sourcing dans un pays que l’on ne connaît pas, difficile de savoir a priori quel va être le bon périmètre linguistique. Dois-je aller jusqu’à surveiller des sources en dialecte local par exemple ?

La réponse dépend bien sûr des pays et de la nature de l’information recherchée, mais ces questions aideront à garder un cap :

  • Quelles sont la ou les langues officielles ?
  • Celles apprises dans les écoles ?
  • Celles utilisées par les médias ?
  • Celles utilisées dans le secteur ciblé ?
  • À partir de ses réponses, on déterminera vers quelles langues concentrer ses efforts.

Zoom sur les outils de veille professionnels

Les outils professionnels du veilleur proposent aujourd’hui, pour la plupart, des corpus de sources multilingues conséquents et ne cessent d’ailleurs d’élargir leur couverture.

Du côté des agrégateurs de presse, Factiva et LexisNexis se sont d’emblée positionnés comme des agrégateurs internationaux proposant des sources issues de divers pays et dans différentes langues. À titre d’exemple, Factiva a ajouté en 2022 plus de 1800 sources venant de 84 pays différents et dans 24 langues différentes. Europresse, qui avait il y a une dizaine d’années une couverture très francophone est aujourd’hui devenu une plateforme multilingue couvrant 34 langues et 160 pays.

Les plateformes de veille, elles aussi proposent des corpus de sources complètement multilingues et couvrant de nombreux pays. Dans l’étude réalisée sur le site en 2021, on apprenait que tous les acteurs estimaient alors avoir une excellente couverture sur la France et l’Europe. L’Amérique du Nord était également très bien couverte par tous les outils. Pour l’Afrique, l’Asie, l’Océanie, l’Amérique du Sud et le Moyen-Orient, la couverture s’avérait plus variable.

Enfin du côté des lecteurs RSS, on a des corpus de sources préintégrés multilingues qui continuent de s’accroître avec les années. Feedly par exemple propose dans son annuaire de sources des sources dans 12 langues.

Même si certains outils proposent aujourd’hui des couvertures internationales de grande qualité, on conseillera tout de même de toujours enrichir son sourcing international en parallèle grâce aux méthodes et outils évoqués dans cet article.

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