Le no-code au service des veilleurs

Céline Boileau
Bases no
418
publié en
2023.10
4239
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outils de traduction | outils de veille | outils de recherche
Le no-code au service des veilleurs Image 1

Depuis quelques années, le mouvement no-code / low-code s’inscrit dans l’actualité des outils de veille. Ces outils permettent incontestablement d’imaginer et de réaliser des tâches qu’il était impossible de réaliser soi-même auparavant sans savoir coder (ou juste un peu, pour le low-code). Or, comme la datavisualisation , le no-code constitue un véritable moteur de transformation non seulement des usages, mais du métier dans son ensemble, tant il est vrai que le professionnel de l’information agit de concert avec les avancées informatiques comme nous l’avions déjà illustré avec l’utilisation de Github. 

Les outils no-code, 100 % en ligne (hébergés dans le cloud, donc sans élément à installer), permettent de réaliser des sites web et des applications, mais aussi de créer des automatisations, notamment avec des bases de données. Les veilleurs étant habitués à s’adapter à l’environnement numérique de leur client, c’est surtout l’automatisation et la manipulation des bases de données qui les concernent.

Et ces outils interviennent aussi bien au niveau de l’interface client, que des automatisations et connexions aux APIs ou même de la structuration de la donnée.

Ils envahissent le quotidien des pro­fessionnels de la veille depuis quelques années, dans les entreprises de toute taille. Pour le veilleur, les outils no-code sont devenus essentiels à chaque étape de la veille.


Lire aussi :

« Le veilleur face au défi de la représentation des données » (Netsources N°161 - nov/déc 2022)

« Github : le self-service du veilleur fauché, mais très motivé » (Bases N°396 - oct 2021)


Cela concerne notamment :

  • L’extraction automatisée d’informations à partir de différentes sources (ou scraping des données) ;
  • La collecte d’informations, automatisée ou non, à partir des réseaux sociaux, des sites web, des bases de données, etc., via la création de flux RSS par exemple ;
  • La classification et l’analyse des informations afin de mieux comprendre les évolutions d’un marché ;
  • La création de tableaux de bord et de rapports visuels pour présenter les résultats de l’analyse des données ;
  • La diffusion des informations rapide via des e-mails, des notifications push, etc.

Pour ne citer que deux exemples parmi des milliers, il est ainsi possible de faire du scraping de données d’un site web avec Simple Scraper et de les importer pour une mise à jour automatique dans Airtable sous forme de CSV pour les visualiser et les partager, avant de les enrichir avec Make. Ou même de lire ses flux RSS dans Airtable, grâce à au module « Watch RSS feed items » de l’outil d’automatisation Make (ex-Integromat), et ce en cinq minutes.

Mais ce n’est que le reflet d’une réalité bien plus large : selon une étude Gartner de novembre 2021, le no-code participera à 70 % des nouvelles applications en 2025. Après avoir connu une forte expansion pendant le confinement (télétravail oblige), des levées de fonds à plusieurs millions et des startups créées uniquement sur la base d’outils no-code, les acteurs du no-code se structurent en France et forment un écosystème, notamment autour de l’Association No Code France, du Syndicat des professionnels du No-code ou du No-code Summit. Il faut dire qu’ils ont tout pour plaire :

  • La diversité des milliers de fonctionnalités à explorer ;
  • La facilité d’utilisation pour des professionnels souvent autonomes et en recherche d’optimisation du circuit de l’information… ce que permet l’automatisation ;
  • Les prix adaptés au niveau d’utilisation et souvent peu onéreux.

Est-ce une bonne idée de s’en saisir ?

Avec leur effet souvent « waouh », on se laisse vite impressionner par les vidéos marketing et les divers tutos qui promettent un maximum d’effet pour un minimum d’investissement. Pourtant, si les avantages sont bien souvent connus, les limites sont trop souvent ignorées. Et s’il n’est pas question de s’en priver, il est néanmoins nécessaire de garder en tête les limites afin d’encadrer leur utilisation dans un cadre professionnel.

Les avantages (bien connus)

La sécurité intégrée : Les outils no-code sont souvent des outils SaaS, dans le cloud, donc c’est la plateforme qui finance et gère la sécurité. Pour l’heure, aucun cas de fuite de données depuis ces entreprises n’a été déclaré.

La diversité des fonctionnalités et la personnalisation à l’extrême : pour la veille, ces milliers d’outils couvrent l’ensemble du processus (voir tableau ci-après).

On citera notamment : Airtable pour créer et partager des bases de données, Notion pour gérer des projets, Webflow pour créer un site web, Typeform ou Tally pour publier un formulaire, Mailchimp, Brevo (ex. Sendinblue), ConvertKit ou Mailjet pour créer et envoyer des mailings, n8n, Make, Zapier ou UiPath pour automatiser des tâches généralistes, d’autres outils comme Clay, Phantom Buster, Instant data Scraper ou Captain Data servent à collecter des données. Et enfin Workato ou Mindflow pour la cybersécurité.

La simplicité d’utilisation pour un effet « waouh » : force est de constater que la version basique de certains outils est généralement déjà fort utile aux professionnels de la veille qui les optimiseront, ou pas, en ayant parfois recours à une autoformation. Les développeurs, y compris novices, peuvent ainsi créer des programmes en appliquant une logique, sans connaissance de langage informatique, grâce aux blocs de fonctions (condition, boucle, affichage, etc.).

Le gain de temps grâce à l’automatisation et aux outils pour simplifier la productivité. Grâce aux outils no-code, on se connecte à n’importe quelle API d’une appli, juste en précisant sa clé en n chiffres.

Les limites (souvent ignorées)

Formats propriétaires : Ces logiciels sont généralement propriétaires, fonctionnent dans le cloud (disponibles en SaaS en ligne), et ont la plupart du temps un modèle économique « freemium », c’est-à-dire avec une version gratuite qui donne accès à des fonctionnalités de base (sans publicité), et pour aller au-delà, un abonnement de 5 à 100 € par mois environ. Le risque est ainsi de se retrouver prisonnier d’un fournisseur, car si des efforts sont effectués en la matière, peu proposent des modèles de gestion open source, ou une véritable interopérabilité via des API et des plug-ins. Par exemple, si l’on souhaite migrer de Zapier, il faudra refaire toutes ses automatisations dans son nouvel outil.

La sécurité des données : Dans les entreprises, l’humain est le premier facteur de risque pour la cybersécurité. Et en la matière, de nombreux utilisateurs - parfois transformés en « développeurs citoyens » (sans formation technologique précise) -, voire les éditeurs eux-mêmes de solutions no-code, ne maîtrisent pas toujours la complexité des processus d’entreprise.

La conformité RGPD : Les outils no-code sont généralement hébergés aux États-Unis, où sont donc stockées les données. Cela signifie qu’ils ne sont pas soumis au RGPD. Malgré cela, certains sont tout de même en conformité. Dans l’absolu, rien dans le RGPD n'interdit d’utiliser un prestataire américain. Mais celui-ci doit s’engager à suivre les engagements en vigueur en Europe. Il faut donc bien se renseigner et contacter l’éditeur pour en savoir plus si besoin. Par exemple, seul Bubble permet d’héberger en France pour l’instant, moyennant un surcoût dans l’abonnement.

Panorama des outils no code utiles aux professionnels de l’information

FONCTIONNALITÉSOUTILS
Automatisation
Automatisation générale des tâches (connecter et faire interagir des milliers d’outils entre eux) Zapier, n8n, Make (ex. Integromat), IF (ex. IFTTT), UiPath
Automatiser la publication et la diffusion sous forme de mailing/newsletter Mailchimp, Brevo (ex. Sendinblue), MailJet, ConvertKit, Substack
Bases de données
Rechercher et présenter des bases de données Airtable, Actiondesk
Analyser les données Obviously, MixPannel
Gérer les données (organiser, trier, extraire) Airtable, Tadabase, Notion
Collecte et analyse    
Automatiser une collecte/un scraping des données à partir des réseaux sociaux (y compris LinkedIn) PhantomBuster, Clay, Simple Scraper, Captain Data, Instant Data Scraper, Apify
Créer des flux RSS Rss.app
Collecter et suivre des flux RSS Inoreader, Feedly, Feedspot, etc.
Automatiser le partage et/ou la publication de RSS sur une newsletter ou une app GoodBarber, Goodbits, SendGrid (via Zapier), Digest
Workflow /Productivité
Gérer ses projets Notion, Clickup, Monday, SmartSuite, Raycast
Faciliter la prise de notes

Obsidian*, Readwise, Notion, Inoreader, Evernote

Créer un site internet et/ou des applis
Créer un site internet et/ou des applis WebFlow, Unbounce, Swipe Pages, Ghost, Retool
Bubble, Glide, Adalo, FlutterFlow, Bravo Studio, No-code Chrome Extensions Builder, FireAPIs.

(*) Obsidian ne fonctionnant pas à 100 % en ligne, son intégration dans la catégorie des outils no-code est parfois remise en question.

Comment choisir un outil no-code ?

Dans ce contexte plus complexe qu’au premier abord, quelles sont les questions à se poser pour déterminer la pertinence et le choix d’un outil ?

Identifier la puissance et les fonctionnalités nécessaires : il est inutile d’opter pour un outil complet en pensant qu’il répondra forcément à ses (futurs) besoins. Il vaut mieux définir clairement ses objectifs de veille afin d’identifier les fonctionnalités les plus adaptées à ses besoins AVANT de choisir un outil. Il faut ainsi choisir entre deux approches : intégrer plusieurs produits logiciels de différents fournisseurs (approche « best-of-breed »), ou opter pour une solution complète d’un seul fournisseur. Chacune a ses avantages et ses inconvénients, notamment en termes d’évolutivité et d’ouverture à d’autres outils.

Comparer les outils : il existe de nombreux outils no-code disponibles sur le marché et il est important de les comparer. Pour cela, ne pas hésiter à rejoindre les communautés, notamment sur Discord ! Il sera aussi possible d’y demander l’avis d’experts.

Créer une gouvernance sur l’utilisation des données : une entreprise est encouragée à mettre en place une gouvernance sur la façon dont ces applications accèdent à leurs données et les utilisent afin de contrôler la sécurité des données.

Prévoir le temps d’autoformation : le no-code est certes plus accessible, mais pas facile pour autant. Il peut permettre d’acquérir des connaissances et un gain de temps s’il est appris de la bonne manière. Car il ne s’agit pas d’utiliser Airtable comme Excel, par exemple. Encore faut-il prévoir le temps nécessaire à se former en fonction de son niveau de compétence, d’appétence et d’adaptation réelles.

La disponibilité de l’aide : savoir si une communauté existe, notamment sur Discord, où elles doivent être réactives et constituées d’experts.

Voir notre article "Comment utiliser Discord pour ses veilles et ses recherches", Bases N°417 - sept 2023

Autres points de vigilance, comme pour tout outil :

  • le budget
  • la pérennité de l’éditeur qui propose l’outil
  • l’évolutivité en fonction de ses besoins, ce qui est sans doute le plus difficile à définir.

Récupérer les données des APIs (et les visualiser dans une appli)

Avec les outils no-code, on glisse toujours un peu plus loin dans le développement d’applications, d’autant que les APIs sont en format JSON, bien connu des veilleurs férus d’informatique et de développement. Il est ainsi possible de créer des applications en passant directement par les APIs des outils et services en ligne pour en récupérer les données.

Les veilleurs s’affranchissent ainsi des outils et peuvent alors formuler les requêtes les plus proches de leurs besoins, directement auprès d’une API.

Et pour cela, une formule d’automatisation suffit parfois, comme dans cet exemple de récupération de données (ici des citations) mises à disposition par l’API avec une simple formule sur Integromat, en 5 minutes chrono.

Où et comment s’autoformer ?

OpenClassrooms fournit ainsi gratuitement une initiation au fonctionnement des APIs, avec l’agence contournement (à l’origine de l’association No-code France) fournit aussi quelques formations gratuites, mais on peut aussi penser à Uncode School, Alegria.academy, INIT ou même le youtubeur Shubham Sharma .

Enfin, pour consulter un annuaire à jour des outils no-code.

Notre avis

Savoir appliquer la logique des développeurs sans avoir à coder permet de personnaliser tous ses outils à l’extrême, et même de concevoir ses propres outils répondant spécifiquement à ses besoins, en accédant soi-même aux données transmises par les différentes APIs. C’est une nouvelle marge de liberté dont nous encourageons les veilleurs à se saisir, malgré un coût en temps de formation qui nous paraît somme toute raisonnable.